Les installations

Les Sirènes

Seamen's Club, Marc Picavez.

Seamen’s Club, Marc Picavez.
Vue de l’exposition

« Internet : remède à la solitude »
« Internet: medicine for loneliness »

Des visages saccadés pixellisés se chargent d’une beauté plastique. Figures iconiques qui rappellent étrangement celles des sirènes, ils deviennent presque irréels. Ces images révèlent un vécu intime et un temps d’absence, loin des infrastructures portuaires qui dominent pourtant l’univers physique et visuel des marins du XXIè siècle.

Internet a pris une place importante dans leur vie. À chaque escale, ils entrent en communication avec leur famille, leur amoureuse, leurs amis. De plus en plus, ces communications se font par Skype : pour eux, “Internet is the medicine for loneliness”.

Marc Picavez crée une proximité avec ces hommes de la mer en pénétrant dans l’exposition par des visages qui leur sont chers. Autant d’images qui traduisent l’usage principal des seamen’s club aujourd’hui : celui d’une reconnexion avec la vie intime, qui se déploie, paradoxalement, dans un espace public…

DURÉE DES FILMS : 9 minutes

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Le Seamen’s Club

Seamen's Club, Marc Picavez, installation Seamen's Club

Seamen’s Club, Marc Picavez, installation Seamen’s Club

Ancrage et repères, du foyer de marin au cyber café

Quelque part, dans un conteneur ou un mobil home, chaque grand port possède son foyer de marins : son Seamen’s Club. Ces foyers sont devenus des pied-à-terre éphémères pour des marins de toutes nationalités. Ils y partagent quelques instants d’escale entre deux mers. L’atmosphère y est masculine et ouvrière. Rugueuse. Ils abritent surtout un voyage immobile et individuel, celui de la reconnexion des marins étrangers avec leur vie laissée au pays. Avec Skype, Facebook et Yahoo Messenger, ces hommes visualisent en temps réel ce à quoi ils n’ont temporairement pas accès. Internet fait donc une irruption violente dans ces séquences d’absence, alors même que la durée des contrats s’allonge.

Au cœur de cette installation, on trouve une construction légère supportant une pluralité d’écrans. Ceux-ci diffusent quatre films courts, rencontres avec quatre marins en conversation virtuelle dans un seamen’s club. Ils sont le contrechamp des visages Skype traversés précédemment. Ces films sont cernés d’une cinquantaine de portraits vidéo tournés à la manière des Screen Tests d’Andy Warhol auprès de marins du monde entier.
Aux quatre coins de la pièce, quatre points de vue de personnes qui travaillent dans ces lieux. À Hambourg, le Seamen’s Club est une véritable institution. Tous les marins parlent de “Duckdalben”. À New York, les donations faites au seamen’s club protestant financent de nombreux programmes à destination des marins. À Dakar en revanche, il n’y a pas de seamen’s club. Mais un homme tente d’accueillir les marins du mieux qu’il peut…

DURÉE TOTALE DES FILMS : 50 minutes environ

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L’Escale : Nowhere

Seamen’s Club, MarcPicavez, installation L'Escale

Seamen’s Club, MarcPicavez, installation L’Escale

Les non lieux de l’escale

Comme point d’arrivée et point de départ : les docks déshumanisés.
Nous sommes happés par des marins anonymes qui nous entraînent ici dans un “mall”, là-bas dans un seamen’s club.
Cette installation vidéo présente le gigantisme des docks et les contours urbains de Rotterdam, Saint-Nazaire, Hambourg et La Rochelle.
En opposition au temps de la mer, le temps de l’escale est rapide et dense. Les ports modernes se ressemblent : immenses, excentrés, coupés des villes, dévolus entièrement à des mécaniques gigantesques. Un univers dont les marins ne peuvent pas sortir toujours simplement. Et quand, ils parviennent à s’échapper quelques heures durant de l’enceinte du port, c’est pour rejoindre un centre commercial impersonnel, comme on en trouve partout dans le monde.
Loin des idées reçues, la figure du marin moderne se dessine dans ces lieux qui lui sont quotidiens.

DUREE DES FILMS : 10 minutes environ

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Sea is my Country – Ship is my Home

Seamen’s Club, MarcPicavez, installation Sea is my Country - Ship is my Home

Seamen’s Club, MarcPicavez, installation Sea is my Country – Ship is my Home

 

À bord, le monde est derrière nous

Cette installation vise à partager le temps passé en mer, monotone, interminable mais impliquant des responsabilités et une vigilance constante sur la sécurité. Par ce sentiment d’immersion, on découvre des vies d’homme saisies lors de ce temps à part. Des entretiens avec des marins ponctuent de temps à autres cette installation. Ces entretiens sont filmés en une suite de photographies qui développent une narration triptyque en voix off. Ils évoquent le métier, vu par le prisme de différentes nationalités (Ukraine, Estonie, Philippines, Ghana, Russie et Monténégro) et de différentes fonctions à bord (cadet, marin ouvrier spécialisé, officier). Il est question d’expériences, de transmission, d’absences, de vie collective et d’angoisses individuelles : en écoutant le récit des marins, ou en ne faisant que vivre les images et les sons, l’univers d’une traversée à bord d’un cargo.

DURÉE DU FILM : 25 minutes environ

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I Sacrifice Myself to See the World for Free

Seamen's Club, Marc Picavez

Esquisses de vies d’exil

Loin de chez eux et passant peu de temps dans les villes portuaires, les marins se prennent systématiquement en photo dans les espaces qu’ils traversent. Marc Picavez a recueilli ces images qui traduisent le rythme de la vie des marins et le monde qu’ils arpentent.
Le film se compose d’images fixes s’enchaînant rapidement selon une composition musicale. Ces images proviennent d’Internet et d’archives personnelles de marins rencontrés dans les seamen’s clubs. On trouve au départ des images liées à l’école de marine marchande de Cebu, aux Philippines, ou d’Odessa en Ukraine. Puis de courtes séquences d’images prises en mer, en escale, au travail, au repos, en Afrique, en Europe… Peu à peu, pour perturber ces vies d’exil qui s’esquissent, de courts plans portuaires et maritimes s’intercalent de manière tranchante. Les hommes obéissent au commerce et aux machines. Deux phrases sont récurrentes dans les propos des marins, l’une héritée de leurs années de formation professionnelle : “See the world for free”, la seconde illustrant leur condition de «migrant» : “I sacrifice myself for my family”. Ces phrases ainsi que des images fugaces de cours boursiers s’immiscent par endroits et gagnent progressivement du terrain sur leurs vies.

DURÉE DU FILM : 3 minutes environ